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L’Autre informatique n’est pas une nouvelle technologie, c’est l’ensemble des microsystèmes programmables que les entreprises installent dans leurs produits. Contrairement aux ordinateurs, il s’agit d’une informatique cachée, basée sur des microprocesseurs à faible consommation d’énergie qui s’installent dans les voitures pour déclencher les coussins gonflables ou les freins ABS,

dans les drones qui survolent les zones dangereuses ou même dans le béton des routes ou des ponts pour indiquer l’état du matériau.

Bref, on trouve ces systèmes informatiques un peu partout. Demain, on ne pourra plus rien fabriquer qui ne contiennent un de ces systèmes que l’on dit embarqué. Pourquoi embarqué ? Tout simplement parce que le système est enfoui au sein du produit final. On ne vend pas un système embarqué, on vend une voiture qui contient des systèmes embarqués. Si elle n’en contient pas, on ne l’achète pas. Il en est de même avec de plus en plus d’objets : téléphone cellulaire, appareils électroménagers, consoles de jeu, etc. Demain, toutes les entreprises qui produisent des objets devront y injecter de l’intelligence – ou disparaître. Encore faut-il savoir qui va fabriquer ces systèmes embarqués ? L’industrie québécoise est relativement jeune, mais déjà fort active. L’Alliance canadienne pour les technologies avancées (CATA) estime que le Québec compte environ 19 000 personnes travaillant dans le domaine des systèmes embarqués (6 750 dans les entreprises de conception-développement, 12 500 dans le secteur utilisateur).

Le sondage

C’est le résultat d’une enquête de fond auprès de 716 entreprises canadiennes, dont 312 au Québec réalisée par l’Alliance CATA/ScienceTech de février à novembre 2011. Au Québec, l’industrie de l’embarqué est composée d’une minorité d’entreprises spécialisées en systèmes embarqués (30%) et d’une majorité d’entreprises hybrides (70%) dont la mission recouvre toute une gamme d’activités en TIC – principalement en microélectronique. En résumé, on peut dire que l’industrie de l’embarqué procède d’une montée dans la chaine de valeur du secteur de la microélectronique – depuis le matériel, vers le logiciel.

L’entreprise québécoise typique des systèmes avancés est une PME de 31 employés (la moyenne) née après 1980. Elle a bien résisté à la crise financière de 2008-2009 et elle fait massivement de la R-D. Aussi ne faut-il pas s’étonner si elle travaille en liaison étroite avec l’Université. Les gouvernements semblent avoir bien compris l’ampleur de l’enjeu puisqu’Ottawa et Québec se sont mis d’accord pour financer à hauteur de plus de 240 millions de dollars la création d’un Centre de Collaboration MiQro Innovation (C2MI) à Bromont. Ils financent aussi des achats massifs d’équipement de haute technologie pour les universités (projet emSYSCAN).

Obstacles au développement

Le problème N°1 de l’industrie québécoise des systèmes embarqués est le manque de ressources humaines qualifiées, avant le problème du financement et le soutien gouvernemental. La source de financement privilégié est celui des fonds publics (Investissement Québec, Programme d'aide à la recherche industrielle du CNRC, Banque de développement du Canada…) avant même le capital de risque. Le recours aux premières émissions d’action (IPO) est presque absent. Dans ces conditions, il ne faut pas s’étonner si le soutien gouvernemental est rarement mis en cause. Si d’aventure on le fait, c’est pour déplorer la complexité des démarches administratives (en particulier pour l’obtention des crédits d’impôts). L’industrie de l’embarqué est extrêmement dépendante de la R-D (huit compagnies sur 10 en font), voilà pourquoi, tous les pays qui mènent la course aux systèmes embarqués ont dû recourir à l’action systématique de l’État. Le Canada n’a pas de véritable stratégie, mais il affiche un mélange de vision (aide à la recherche universitaire par CMC Microsystems) et d’attitude opportuniste (création du laboratoire M2CI à Bromont pour tirer partie de New York Tech Valley).

L’Autre informatique : Recommandations

L’Étude propose cinq recommandations :

1) La création d’un Plan d’action québécois sur le modèle du « Nationale Roadmap » allemand.

Le Plan d’action servira à définir les besoins des entreprises et leurs objectifs pour hisser le Québec dans le peloton de tête des économies avancées (États-Unis, Japon et Allemagne). Ce plan d’action devra représenter toutes les grandes grappes industrielles du Québec (aérospatiale énergie, transport, etc.) et indiquer comment stimuler la coopération inter-sectorielle.

2) La création d’un Club des donneurs d’ordre de l’embarqué.

Un des mandats initiaux de ce Club des donneurs d’ordre de l’embarqué pourrait être l’identification des outils logiciels réutilisables d’une entreprise à l’autre et d’un secteur à l’autre, ce qui leur permettrait d’optimiser leur investissement, voire de le rentabiliser.

3) Mobilisation de l’Université.

Le Québec manque de diplômés en TIC, en particulier, dans le domaine des systèmes embarqués. Le moment est venu d’aller plus loin et mobiliser l’université et de créer un Institut de l’embarqué en liaison étroite avec le secteur privé.

4) Une Politique d’« achat intelligent » du gouvernement du Québec.

Le gouvernement du Québec a tout à gagner à mettre en place une politique d’achats publics basée sur l'innovation basée sur le modèle allemand avec deux volets :

  • Les ministères stratégiques reçoivent la mission de publier leurs prévisions d’achats à long terme. À cette fin, ces ministères sont encouragés à mettre en place des dispositifs de concertation avec les fournisseurs, y compris les TPE en matière de systèmes embarqués.
  • Les appels d’offre et de propositions qui concernent les systèmes embarqués doivent inclure le critère de « meilleure technologie disponible », en lieu et place du critère de plus bas soumissionnaire. Cette méthode a permis à l’Allemagne de devenir le leader mondial en matière d’énergie photovoltaïque.

5) Une Aide à l’innovation ciblée.

Remplacement de l’aide à l’innovation accordés sur une base universelle (crédits d’impôts sur la R-D) par une aide ciblée. Cette recommandation va d’ailleurs dans le sens des résultats de recherche du Centre sur la productivité et la prospérité de HEC Montréal.